"J'ai juste envie de courir" disait le héros bien connu d'un film. Courses sur route ou courses natures, sur des trails, en off, seul ou en groupe, le jour ou la nuit, pour dépasser ses limites ou simplement pour le plaisir.
Lorsque je pars au mariage de Christian et de Christelle, je suis loin de me douter que je participerai à la grande course des Templiers 4 semaines plus tard. Mais voilà, après une soirée et quelques verres d’alcool, je saute sur l’opportunité de récupérer un dossard auprès de Florence C. Je suis d’une nature impulsive et l’alcool confirme parfaitement cet état de fait.
Après réflexion, en regardant le parcours de cette épreuve, je me demande si tout cela est bien raisonnable : 66 km, 3000 m de dénivelés et pour couronner le tout, quelques passages « délicats ». Oui, dans le monde du trail, c’est le terme que l’on utilise pour ne pas dire dangereux. Bref, les Templiers, c’était une des références de l’ultra trail avant la création de l’utmb. Du coup, revenu à un niveau éthylique normal, j’en arrive presque à espérer que l’échange de dossard ne sera pas possible.
Pas de bol, c’est possible…
Ma préparation est très simple à défaut d’être adaptée : trail de sully début juin, randonnée mi-juin autour du Mont Blanc, coupure totale de 3 mois jusqu’à mi-septembre,… mariage fin septembre. Et ce n’est pas le temps passé sur la piste de danse qui m’aurait permis de retrouver la forme. Et pour couronner le tout, dernière séance de piste sérieuse, fin avril… argh.
Partant de ce bilan catastrophe, j’entame tant bien que mal un début de préparation. Comme toujours dans ce genre de situation, on envisage de charger la mule au maximum dans un délai très court. Ma stratégie est donc basée sur de nombreuses sorties longues à allure très lente en essayant de les agrémenter par des côtes. Il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire de toute manière. Mon seul atout est mon expérience dans ce type d’épreuve sauf que dans le cas présent, il y a des temps limites. Avancer oui mais ne pas trop traîner quand même.
Afin de ne pas trop cogiter, j’aborde l’épreuve sur le bon vieux principe de la méthode Coué en relativisant les différents obstacles qui pourraient m’empêcher d’aller au bout. Je relis l’article de Christian sur la gazette n°2 et me repasse en boucle le dvd de l’année 2004.
Yolande et Patricia sont également inscrites à l’épreuve. Serge accompagne Yolande. Patricia et moi partons le samedi en TGV. Nous retrouvons les Bichard à Millau qui nous amènent directement sur la pasta party à Nant. Arrivés un peu en retard, nous sommes les derniers à manger. Le gîte se situe dans un petit bled paumé, tellement paumé qu’il vaut mieux ne pas être trop regardant sur la route pour y accéder. Heureusement pour moi, il fait nuit.
Réveil vers 4 heures pour un départ à 6h30 du matin. A Nant, c’est l’effervescence, Corinne Favre et Karine Herry s’échauffent sur l’artère principale. Du coup, je commence à angoisser car ses deux nanas là se déplacent rarement pour un dix bornes. Comme prévu, on se retrouve à 2000 sur la ligne de départ sur fond de musique du groupe ERA, beurk ! Le côté techno religieux, ce n’est pas mon truc. Enfin, c’est exactement comme sur le dvd 2004, je ne me suis donc pas trompé d’endroit.
Départ prudent avec Patricia. On part en footing. Après quelques km en lacets pour se chauffer, on attaque un énorme coup de cul au km 7 pour descendre sur Comberonde, pas long, mais très raide. Il faut quasiment mettre les mains pour grimper. Pas de difficultés majeures ensuite, on trottine tranquillement jusqu’au km 14 vers le 1er ravito à Sauclières. Recharge du camelback sans se stresser et on repart. On en profite pour admirer les paysages sauvages des causses, on n’a pas fait le déplacement pour rien, c’est splendide,.
Ensuite, ça se complique un peu pour moi sur la montée de Saint-Guiral. Il faut se goinfrer 700 m de dénivelés. Ce n’est pas que je suis mal, mais je n’ai aucune jambe, elles sont vides, je n’ai pas de force. Du coup, je laisse filer la Pat vers le sommet. Je la rejoins là-haut pour une photo souvenir mais je lui suggère de partir pour ne pas perdre de temps. Je discute avec un bénévole sur les temps de passage et il me conseille de ne pas traîner si je veux aller au bout car les principales difficultés se trouvent sur la seconde moitié de course. Oups, je repars illico presto et je décide de faire toute la descente vers Dourbies en courant le plus vite possible.
J’arrive à Dourbies au km 36 fatigué mais plus à l’aise sur les temps de passage. Gros ravitaillement, ça fait du bien. Je tombe sur un gars démoralisé qui se demande ce qu’il fait ici, pourquoi il continue à courir, ses copains sont loin devant, il en peut plus, bla bla bla, toute la litanie habituelle du coureur au bord de la rupture. Moi, bon samaritain, je lui sors le grand discours sur les conséquences de l’abandon, la motivation, le mental et les hauts et les bas etc etc. Du coup, il veut finir avec moi mais je préfère me sauver de peur de devoir supporter ses lamentations. Désolé, ce n’est pas très charitable mais je ne veux pas trop m’encombrer d’un désespéré n’étant pas moi-même au mieux de ma forme et puis, je ne veux pas qu’il me gâche mon plaisir. Car même dans les pires galères, il faut rester positif.
Je sors du ravito, je vois Florence Cado et Serge qui m’apprend l’arrêt prématuré de Yolande malade. Mince, je prends un coup au moral.
Bon maintenant, les choses sérieuses commencent avec la côte qui nous mène vers la crête du Suchet au km 40. Et là, j’en bave bien comme il faut. Les jambes me font mal, je n’ai aucune force. L’absence de dénivelés dans mes entraînements se fait cruellement sentir. Je m’accroche tant bien que mal à des groupes qui me lâchent peu après, c’est dur. Les descentes se passent mieux et j’arrive à suivre sur un rythme correct.
Km 46, arrivée à un nouveau gros ravito à Trèves. Patricia en repart dès que j’ arrive. Tout semble bien aller pour elle. Je trouve enfin du coca sur la table, ça fait du bien. Je suis bien au niveau des temps limites. Depuis le départ, je surveille tout ça avec un GPS et mine de rien, c’est très pratique. Je refais le plein, met un t-shirt propre et repart pour les derniers 20 km.
Trèves-Saint-Sulpice 12 km, mon calvaire. Je fais du 3km/h de moyenne. Je vois la barrière horaire se rapprocher à tel point que je suis persuadé de me faire éjecter à Saint-Sulpice. J’appelle Anne Paule presque anéanti qui me fait alors un speech d’enfer au téléphone. Je repars en courant en essayant de tout faire pour que le pire ne se produise pas. Les 2 derniers km avant le ravito sont constitués d’une descente « délicate » avec des passages de cordes. Par moment, il ne faut vraiment pas se louper sinon, c’est le plongeon. J’arrive à Saint-Sulpice avec 20 min d’avance sur la barrière, ouf… J’ai retrouvé le moral. Stéphane m’a appelé juste avant et bien que je l’ai un peu jeté au téléphone, ça m’a fait du bien.
Reste 8/9 km, une dernière difficulté et une certitude : j’irai au bout quel que soit le temps vu que j’ai franchi la dernière barrière horaire. Ils ne rangeront pas avant que j’en ai terminé avec cette course. Je cours autant que possible sur le plat et les descentes. L’ascension du Roc Nantais est spéciale, elle commence au fond d’une gorge le long d’un chemin qui ressemble à une rivière. Le chemin est froid, humide, pourri, constitué de pierres plus ou moins hautes et entouré d’une végétation abondante. Je m’arrache pour avancer. Ensuite, vient un interminable chemin en lacets qui nous amène vers la descente et c’est là que la nuit se met à tomber pour moi. Le froid s’invite aussitôt et j’enfile vite mon coupe-vent. J’avance dans une espèce de forêt sur un chemin étroit sur le haut du roc nantais. Sans les balisages, j’y serai encore.
Puis vient la descente et ses passages « délicats ». Là encore, des cordes permettent de franchir les gros obstacles. Il fait nuit et je suis ultra prudent. Peu après, c’est l’arrivée sur Nant, enfin la délivrance. Je suis vraiment heureux d’en terminer et de retrouver les amis. Je termine en 13h25, un temps franchement nul mais compte tenu de ma forme, je ne pouvais espérer beaucoup mieux. Je suis complètement vidé. Patricia aura mis 12h42, une belle performance pour un galop d’essai.
Avec le recul, j’ai trouvé cette course formidable. Les paysages sont sublimes, l’organisation est parfaite, rien à dire. On sent quand même une grosse expérience derrière tout ça et la volonté de faire plaisir aux coureurs. A ce titre, j’aimerai souligner la gentillesse et le dévouement des bénévoles. Souvent, j’ai eu droit à un encouragement ou une attention. C’était exceptionnel et très émouvant. Seul bémol, certains passages sont limites au niveau de la sécurité. Mais c’est une épreuve que je referai très certainement.
Après une nuit de repos au gîte, retour le lundi avec Pat sur Issy les Moulineaux.
Fin de l’aventure.