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"J'ai juste envie de courir" disait le héros bien connu d'un film. Courses sur route ou courses natures, sur des trails, en off, seul ou en groupe, le jour ou la nuit, pour dépasser ses limites ou simplement pour le plaisir.

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Le 10 du 8

Dimanche 1er février 2009, le réveil sonne à 8 heures. C’est jour de course. Au programme, les 10km du 8ème arrondissement de Paris. Anne-Paule et moi sommes aussi à l’aise dans cet exercice qu’un haltérophile sur des patins à glace. Bon j’exagère un peu car cela reste de la course à pied mais ça fait un bail qu’on n’a pas joué avec le chrono.

 

Plus habitués aux trails moyennes et longues distances, le 10 km est pour nous un long sprint où la seule vision du paysage est la chaussure de running du concurrent qui nous précède et le seul son, sa propre respiration est quête d’oxygène tel un poisson rouge qui se débat hors de son bocal.

 

On n’est pas là pour visiter mais pour se sortir les tripes, faire exploser ses poumons et se mettre en anaérobie pendant 50 minutes. Pas d’autosuffisance, juste un ravito au 5ème km zappé dans 99% des cas pour cause de chrono qui défile. Un 10 bornes, c’est la guerre. On double, on est doublé, on s’accroche et on lutte pour gagner du terrain. Cet état d’esprit atteint son paroxysme à quelques centaines de mètres de l’arrivée où chacun fait son sprint et où chaque place est un territoire qu’il ne faut pas perdre.

 

Ma 1ère phrase du jour en me levant a été « et si on disait qu’on a une gastro ? » C’est dire ma motivation à cet instant précis. Il faut dire que la veille, nous avons fait  un Noël n°3 chez un ami qui s’est fait un plaisir de nous servir tout ce qui n’est pas nécessaire à la performance sportive. J’exagère encore car le plat principal était un gratin de pâtes aux fromages (il y en avait 3 des fromages) qui était tellement bon que j’en ai pris aussi 3 fois. Champagne, Petits fours et gâteau au chocolat meringué achevaient de nous lester pour le lendemain.

 

9h15, nous arrivons place Saint-Augustin dans le 8ème. Retrait des dossards, on fonce dans un café pour se réchauffer, boire un jus et vider nos organes vitaux. Car contrairement au trail, sur la route pas question d’une pause en pleine nature pour contribuer à offrir son engrais à l’écosystème local. D’une, cela fait perdre du temps et de deux, les autochtones du 8ème n’apprécierait pas qu’un bon millier de sportifs viennent ajouter leurs excréments ou leurs urines aux déjections canines habituelles. Je suis sur que les chiens du quartier en seraient traumatisés.

 

Autre changement notable, sur un 10km, on s’échauffe. Dans le cas présent, je dirai même plus, on se réchauffe. Car ça caille grave. Donc il faut s’échauffer pour préparer l’organisme à l’effort violent et brutal qu’il va subir. Idéalement, l’opération prend une bonne vingtaine de minutes à laquelle il faut ajouter 3 lignes droites rapides. Je m’exécute bien volontiers car ce point est important, vital même.

 

Et nous voilà sur la ligne de départ. Avec Anne-Paule et Bruno, on se place dans le 2ème tiers du peloton. Fida’a et Sophie se placent devant. Ca sent la pommade chauffante et les baumes qui puent, les visages sont tendus. J’ai l’impression d’être dans un box de lévrier et qu’un lapin va sortir pour qu’on lui coure après. Je flippe un peu car mes dernières séances de piste ont été laborieuses. J’ai pas trop envie de me planter car c’est une étape importante dans la préparation d’un marathon, la phase finale d’un mois de vma perturbé par la météo et mes coups de moins bien.

 

Pan fait le pistolet. C’est parti et ça grimpe dès le départ. Bruno imprime le rythme suivi par Anne-Paule et moi, je m’accroche. Pris dans le trafic, je me fais un peu distancer puis je reviens sur eux au niveau de la ligne du 1er km. Ouille, 5’03’’ au 1er km, c’est pas bon mais en même temps, on est parti derrière donc pas de panique. Au 2ème km, nous rattrapons Fida’a et Sophie qui est un peu à la peine. 4’36’’ au km, ça va mieux. Un petit mot d’encouragement pour Sophie, j’en reçois également un de Fida’a et je repars à la poursuite de Bruno et d’Anne-Paule.

Enfin, poursuite est un bien grand mot. Je suis au taquet pour rester collé et je sens que le moteur est en légère surchauffe. Bruno s’éloigne peu à peu, puis c’est au tour d’Anne-Paule qui tente de le suivre. Je n’ai pas les ressources pour rester au contact, sans doute aussi un manque d’expérience car sur un 10, il faut savoir se taper dedans. Je souffre mais je ne me mets pas dans le rouge.

 

Les km défilent, j’ai Anne-Paule en ligne de mire mais impossible pour moi de revenir sur elle. Jusqu’au 4ème km, j’ai l’impression de monter tout le temps. Il y a beaucoup de faux plats, c’est casse patte au possible. Et puis à partir du 4ème, ça descend tout le temps. Petite remontée juste avant le 5ème que je passe en 23’33’’ soit sur une base de 47’ donc. Bon ça me va bien à condition de tenir. Jean-Raymond est là pour les encouragements et Alain pour les photos. Je sors mon plus beau sourire, crispé, mais sourire quand même.



 

Et c’est reparti pour un tour. Objectif : tenir l’allure. Anne-Paule est à 20 secondes devant. Je ne vois plus Bruno depuis un moment. C’est là que commence la guerre de tranchée. Il faut perdre le moins de place possible, essayer d’en gagner en ramassant ceux qui sont en train de faiblir. Pas de pitié pour ceux qui n’en n’ont pas gardé sous les chaussures, ça revient tout de suite dès que le rythme baisse. Le troupeau n’attendra pas. Mon allure a légèrement diminué, quelques secondes au km tout au plus. Des coureurs en profitent pour me dépasser, tout doucement mais le résultat est là, ils se retrouvent devant moi. Je serre les dents et j’essaye de les garder au contact le plus longtemps possible. Au final, je ne perdrai pas beaucoup de temps.

 

Le 9ème km est une délivrance, plus que 700m de descente et un dernier coup de cul. Là, on lâche tout ce qu’on a. Enfin, c’est ce que je me dis à moi-même car dans les faits, je n’ai plus beaucoup de cartouches. Je n’ai pas mal aux jambes mais elles manquent d’énergie signe que j’ai quand même tapé un peu dans la bête. Je repasse devant Jean-Raymond, Yolande et Hugo, venus nous encourager. Ils sont à 150m de la ligne d’arrivée mais ça monte. Je me permets un dernier simulacre de sprint avec le masque de celui qui donne tout et je franchis l’arrivée en 47’26’’.



C’est moyen mais je suis plutôt satisfait compte tenu de ma forme actuelle. J’ai perdu 23 secondes sur le 2ème 5000 soit environ 5 secondes au km.

 

Dès que je me retourne, je vois Virginie qui arrive 10 sec après moi. Belle perf.

 

Anne-Paule finit en 46’22’’ et Bruno en 45’25’’.

 

En course sur route, on y va vraiment pour le chrono et ça change tout. C’est de la compétition qui implique qu’il faut se donner au maximum quel que soit son temps ou sa place. J’ai aimé retrouver cette ambiance et ça me motive bien pour la suite.

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