"J'ai juste envie de courir" disait le héros bien connu d'un film. Courses sur route ou courses natures, sur des trails, en off, seul ou en groupe, le jour ou la nuit, pour dépasser ses limites ou simplement pour le plaisir.
Sur le dernier numéro de l’excellente revue ultrafondus, il y a un long article consacré à l’abandon. Vous allez me dire que depuis la Trans’Aq, je fais une fixette sur ce thème et… vous avez raison. Alors j’ai lu l’article plusieurs fois, surtout le volet consacré aux suites de l’abandon. Car les causes sont diverses, blessures, fatigue, barrières horaires, etc.
L’important c’est donc de savoir comment on va réagir après. Quelle que soit la cause de l’abandon, il faut essayer de comprendre et d’analyser ce qui s’est passé. Même lorsque cet abandon a pour origine une simple lassitude transformée en ras le bol voire en caprice, il est toujours bon de savoir pourquoi. L'idée générale est de considérer l'abandon comme une chose positive pour la suite à condition de ne pas en faire une habitude dès le 1er coup de moins bien.
A la Trans’Aq, l’abandon m’a paru évident à ce moment là. Après avoir dégueulé 3 fois, titubant pour rejoindre le dernier point de contrôle, incapable de trottiner sans être essoufflé, il me paraissait impossible d’aller au bout et la raison a pris le pas sur l’envie irrésistible de réaliser mon objectif.
Mais voilà, aujourd’hui, une partie de moi, une petite voix insidieuse et perverse me dit que malgré tout, j’aurai éventuellement pu continuer un peu comme le joueur de poker qui espère toujours pouvoir se refaire. Oui j’aurai pu continuer, marcher et peut-être même que j’aurai terminé dans les temps. La journée de repos du lendemain aurait pu me permettre d’aller jusqu’au samedi. Ce scénario passe régulièrement en boucle dans mon esprit et c’est dur.
L’idée générale de l’article consiste à démontrer que faire le choix d’un abandon, c’est faire le bon choix même si cette raison apparaît a posteriori comme « discutable ». Il faut accepter le fait qu’au moment précis où l’on a pris cette décision, on était persuadé de choisir la bonne solution.
En temps normal, j’aurai laissé passer pas mal de temps pour me reconstruire moralement. Mais là, il y a la CCC en ligne de mire. Je suis inscrit depuis le début de l’année et je serai sur la ligne de départ fin août. En plus, une délégation Avia fera le déplacement également. Si j’avais eu le choix, point de CCC pour moi. Et pour le coup, je relativise fortement cette participation. La course à pied reste ma principale activité secondaire et ne doit être qu'un plaisir. J'ai donc décidé de ne pas me prendre la tète même je suis un spécialiste dans ce domaine. Je me suis promis de ne pas stresser, de rester zen et lucide. C’est l’occasion rêvée pour réaliser au moins cet objectif sans se trimballer un poids dans le bide. Méthode Coué quand tu me tiens
Objectif CCC donc, la petite sœur du désormais mythique UTMB (Ultra-Trail du Mont-Blanc) qui m’a valu ma plus grande claque sportive en 2007. Petit sœur n’a d’ailleurs de sens que si on la compare aux 3 autres courses du week-end (UTMB, PTL, TDS) mais elle a des mensurations plutôt généreuses et attention à l'indigestion.
98km
5505m de D+ avec 6 cols à franchir
26h temps maximal pour arriver
J’ai déjà tâté ce genre de délire et je sais que ça va être très dur, qu’il va y avoir des gros coups de mou et que je vais me maudire comme c’est pas permis de m’être inscrit là-dessus. Il va falloir être fort mentalement, avoir un esprit guerrier, bref, tout ce que je voulais éviter pendant un bon moment.
Toutes mes interrogations sur l’alimentation et l’hydratation vont encore avoir tout leur sens sur la CCC. Il faudra absolument rester lucide. Je devrai être rigoureux sur les prises de boissons. Je préparerai avec soin des boissons énergétiques avec les recharges ad’ hoc et je prendrai vraiment le temps de m’alimenter. Il me faudra gérer également l’inévitable stress de course bien qu’au départ je sois parti dans l’idée d’évacuer au maximum toute tension liée à la course. Et puis, je dois résoudre ou tout au moins expliquer pourquoi je suis essoufflé après plusieurs heures d’efforts alors que mon rythme cardiaque baisse. L’ennuyeux avec ces trucs là, c’est qu’on ne peut pas les prendre à la légère.
Pour illustrer tout ça, voici quelques images officielles qui donnent un peu une idée de la tâche à accomplir.

