"J'ai juste envie de courir" disait le héros bien connu d'un film. Courses sur route ou courses natures, sur des trails, en off, seul ou en groupe, le jour ou la nuit, pour dépasser ses limites ou simplement pour le plaisir.
Retour dans le passé… juillet 2007
Que s’est-il passé depuis la Réunion en octobre 2004 et ce souvenir inoubliable ?
Je remonte lentement le fil du passé… presque 3 ans se sont écoulés. Qu’ai-je fais pendant tout ce temps ? Alors que je suis sur le point de recommencer sur les chemins de la Savoie, j’essaye de rassembler mes souvenirs.
2005, j’entame une préparation sur le marathon de Melun-Sénart avec une contre-performance à la clé 4h15’ et une énorme déception à 45min de mon record.
Puis j’ai enchaîné sur Sully, un trail de 42km bouclé en 4h45’ dans de bonnes conditions avec AP et Caro.
Ensuite, je participe à la 1ère rando autour du Mont-Blanc avec Jean-Baptiste, Valérie et Philippe. JB et moi feront les 3 dernières étapes à 2.
Après un break de 3 mois je boucle les Templiers et la Saintélyon à « l’arrache », sans véritable préparation et dans des temps assez médiocres.
En 2006, le Raid28 à la mi-janvier sera le début d’une longue période noire. Pour la 1ère fois, j’abandonne une course (au km55 environ). J’avais toujours réussi à me surpasser dans la souffrance, trouvant souvent in extremis le dernier bout de volonté pour terminer. Là, malgré le présence de l’équipe, je décide de jeter l’éponge, les pieds en vrac, les chaussettes aussi pitoyables que mon moral. J’ai mal, j’ai honte…
2006 sera donc une année blanche alors que je suis inscrit à l’UTMB. Après une période de repos, je reprends les footings en février. En ligne de mire, des trails de préparation, du lourd mais du très beau, des trucs de fous qui font rêver… avec les potes de l’Avia. Ils sont motivés, ils veulent en bouffer, tant mieux, j’ai la ferme intention de prendre le train avec eux.
Des douleurs persistantes à l’aine m’obligent à consulter un spécialiste du sport. Lors du rendez-vous, je reçois une baffe en plein gueule, pubalgie, arrêt course 5 semaines, séances de kiné, remise en forme vélo et pour couronner le tout, régime alimentaire. Trop gros, trop négligent sur les étirements, l’alimentation, l’hydratation, la récupération… Allez mon bon Monsieur, on arrête les conneries et on reprend tout à zéro…
On est début mars, 5 semaines, cela nous emmène à mi-avril, rien n’est perdu. Fin avril c’est cool, le trail des cerfs fait 35km « officiellement » (environ 38 en réalité), bonne occasion de reprendre la partie… ben voyons...
J’ose à peine évoquer l’Annecîmes mi-mai avec mon médecin du sport, tant pis, j’accompagnerai les copains et Anne-Paule qui a choppé le virus de l’ultra. 2 semaines d’entraînement et je suis au départ du trail des cerfs. J’ai fondu de 8kg, j’ai du jus, de la motivation à revendre, ça passe comme un lettre à la poste en 4h45’, je termine lessivé mais content et le moral regonflé à bloc.
La semaine suivante, pendant un footing avec Christophe Druelle, la machine casse de nouveau : lésion du tendon d’achille… impossible de poser le pied par terre, je me retrouve avec des béquilles alors que je me voyais déjà avec des bâtons sur les pentes du massif du Mont-Blanc. Ne pouvant pas marcher, je ne peux même pas accompagner le club sur l’Annecime. Je n’ai que ce que je mérite… et encore, des claques n’auraient pas été de trop.
Au mois de juin, j’insiste néanmoins pour faire la rando autour du Mont-Blanc (nouvelle erreur), je pars avec les anti-inflammatoires dans le sac. A raison de 3 comprimés par jour, j’ai mal mais ça tient. J’en remets une couche pour le marathon relai du Val de Marne, chaque pas est une souffrance. Fin juin, je me suis gentiment construit une belle nécrose au tendon. Je sais que l’UTBM est fichu, je pars en vacances au Portugal complètement démoralisé. Je ne ferai qu’un footing là-bas et encore, dans la douleur.
Je décide de me soigner mi-août est d’entamer une nouvelle fois des séances de kiné. C’est le cœur déchiré que j’accompagnerai les UTMBistes fin Août. Les suivre a néanmoins été fabuleux, les voir arriver m’a rempli de bonheur. Par contre, devant l’ampleur de l’épreuve, je me suis dis que finalement ce n’était pas pour moi. A Champex, j’ai croisé le regard de Patricia qui exprimait la même chose que moi « désolé mon vieux mais c’est trop dur, ne compte pas sur moi l’année prochaine… » Ca tombe bien ma grande car moi non plus ! Hé hé, l’affaire est réglée.
Malgré la joie de voir les potes terminer, le délire du moment, je tire d’ores et déjà une trait sur l’UTMB en 2007, presque soulagé.
15 séances de kiné plus tard avec Philou et 12 séances laser m’auront retapé. J’ai encore un peu mal mais je suis guéri. La nécrose a disparu. Par contre, je repars de 0. Je pèse 81kg, je ne suis plus du tout en forme et ma motivation pour courir est quasi nulle. Les coups de pied au cul de Fida’a et de Stéphane me maintiennent à peu près à flot. Je coure mais sans grande conviction.
En 2007, début janvier, je m’inscrits à l’UTMB… Erf…
Oui je sais… je suis faible, Caroline et Patricia m’ont poussé à m’inscrire avec elles. Quelle folie ! Pour aller au bout de ce truc, il faut être sacrément préparé et en forme et non ressembler à l’espèce de joggeur du dimanche bedonnant que je suis devenu. Elles ne savent pas elles ce que cela représente.
Je reprends doucement la piste. Je boucle péniblement mes 400 en 1’50’’, je me traîne, c’est horrible.
Début février, je participe aux 10km de Vincennes. Je termine en 52 min, à peine plus vite que mon 1er 10 bornes en 94. Le semi de Rambouillet ne sera guère plus reluisant, 2h06’ dans la souffrance, aussi rapide que celui réalisé en père noël en 2004 ! Décidément certaines comparaisons font mal à la tète. Il reste 6 mois avant l’UTMB et mon état de forme est ridicule !!!
Début avril, inscrit à Chevreuse, je zappe l’épreuve pour cause de douleur au tendon mais derrière tout ça, mon absence totale de forme m’interdit de me présenter au départ. Je suis maudit sur cette course, cela fait 3 ans que je veux la faire et 3 ans que je ne n’y participe pas.
Je continue à m’entraîner, mais la route est longue, trop longue, le temps presse et rien ne vient. Je participe à la Cheptainville (27km) en marchant quasiment sur les 5 derniers km. J’aurai eu au moins le plaisir de faire la connaissance de Corto, une des figures de Kikourou. Le trail des sangliers (21,5km) se passera un peu mieux. Je cours avec AP et nous terminons avec Caro et Alain. Mon état de forme me permet tout juste de tenir 20 bornes à peu près correctement.
Je suis inscrit à l’Annecîmes pour le 19 mai. Je ne me fais guère d’illusion sur mes chances de terminer. Je ne ferai que la moitié soit 40km sur 80. J’avais presque programmé cet arrêt mais je suis déçu d’avoir abandonné. Aller au bout aurait été un gros « + » moralement, un tour de manivelle inespéré. C’est ce que feront Yolande, Caroline, Patricia, Bernard et Valérie en 19h. Je ne suis pas sur qu’un demi-tour suffise pour redémarrer la machine mais je suis admiratif de voir à quel point ils se sont accrochés pour terminer en se battant avec les barrières horaires.
Première éclaircie depuis longtemps, je pars faire les 25 bosses à Fontainebleau le dimanche suivant et là, c’est le bonheur. Je boucle le parcours en 3h15 en ayant couru assez souvent. Je me sens bien, je monte bien, la forme revient !
La rando en Corse confirme mon début de résurrection. Cette semaine restera inoubliable, paysages fabuleux, dénivelés vertigineux, une belle tranche d’aventure avec un groupe très solidaire et courageux. Cette rando m’a permis de me faire les jambes, encore et toujours, car pour terminer l’UTMB, il en faut un paquet dans les cuisses. J’ai fini la rando très fatigué avec les genoux qui me font souffrir. J’ai du mal à récupérer et le Trail des Glaciers de la Vanoise est dans 3 semaines.
1er juillet, j’abandonne le TGV après 36km de course sur 72. J’ai d’ailleurs abandonné depuis bien longtemps dans ma tète, lors du 2ème tronçon sur une montée de 250m de dénivelés. Je vois Caroline et Patricia s’éloigner, impossible de les rattraper. J’avais beaucoup misé sur cette course, je me voyais finir et asseoir définitivement mon retour pour aborder sereinement la fin de ma préparation. Je suis abattu moralement. Souffle court, sensation de vide dans les jambes, lassitude, impossibilité de me transcender, je me pose beaucoup de questions pour l’UTMB. Même les encouragements de Jean-Baptiste, de Philippe, d’Anne-Paule et les coups de pied au cul de Stéphane n’y feront rien.
Il reste 8 semaines pour me préparer, le compte à rebours a commencé et il défile vite. JB a fourni un plan d’entraînement que je vais essayer de suivre en retirant néanmoins une séance dans la semaine pour me reposer. Même si je suis inquiet, je pense avoir construit une bonne base depuis le mois d’avril. Il me reste à comprendre ces « effondrements » pendant mes courses car sur l’UTMB, cela ne pardonnera pas.
Pendant mes vacances, les rêves d’UTMB commencent à me hanter. Je me retrouve sur le départ avec un manque de matériel. Mêmes symptômes qu’en 2004 à la Réunion… avec j’espère les mêmes conséquences…
08 Août, J-16, la préparation est presque terminée. Plus que 3 séances un peu difficiles et je me repose. Je lis plein de récits, ceux des copains, ceux de Kikourou, des JDM de Bures et d’autres. Tous ces récits ont un point commun, l’envie. Ces coureurs connaissent des moments de désespoir hallucinants mais alors que d’autres tombent comme des mouches à côté d’eux, ils continuent. Je crois que c’est un peu comme lorsqu’on arrête de fumer, on a beau être motivé, si l’envie n’est pas là, c’est fichu et je suis bien placé pour le savoir. Il me faut cette envie, ce Saint-Graal, cette certitude indéfectible que je passerai la ligne quoiqu’il arrive avant que le grand méchant loup ne me rattrape. Plus que jamais, j’ai conscience que tout ceci passe par le mental.
Tous les coureurs se demandent au début de leur récit pourquoi ils participent à cette course. J’ai parfois cherché aussi le pourquoi du comment de ma présence dans ces courses hors normes. Je n’ai jamais trouvé une réponse satisfaisante à cette question. Pourtant, rien qu’à l’idée d’être au départ de l’UTMB, j’ai le grand frisson, mon plaisir est là-dedans je le sais, au milieu de tous ces illuminés, ces doux dingues, face à cette montagne. Il y a tellement de choses concentrées dans ce type d’épreuve que je ne saurai même pas comment l’expliquer. C’est un voyage, une expérience intérieure qui décortique l’être et le met à nu. C’est aussi l’occasion de partager, de vivre un truc unique avec soi-même, ses proches, ses amis et tous ces coureurs anonymes.
Le grand méchant loup a plusieurs formes. Il y a mon double tout d’abord, celui qui cherche à retourner dans son monde de confort, de facilité, la partie de moi qui ne comprend toujours pas la finalité de tout ça. Sa phrase favorite est : « Keske tu fous là ! » C’est mon pire ennemi, il me connaît bien, sait trouver les mots qui tuent et le chant des sirènes de l’abandon. J’ai une arme contre lui, Anne-Paule et je n’hésiterai pas à m’en servir en cas de besoin. Elle m’attachera au mât du bateau même si celui-ci est en train de couler. Après tout, c’est de la légitime défense non ? Puis, il y a les barrières horaires, il faudra les oublier, les lâcher… le grand méchant loup coure vite au début et ralentit à la fin comme pour donner une chance à ses proies… à condition que celles-ci ne faiblissent pas trop quand même. Je le laisserai le plus loin possible. Et enfin, il y a la blessure, le fait le moins prévisible mais qui ne pardonne pas. Pas grand-chose à faire à part être prudent, lucide...
Dimanche 12 Août, la préparation est terminée. La dernière sortie longue a eu lieu le samedi. 25 bosses avec Anne-Paule, Stéphane et Nicolas et 2h56’ au compteur. Je suis en forme, les sensations sont excellentes. J’aurai pu enchaîner un second tour. J’ai vraiment l’impression d’être prêt, peut-être plus qu’en 2004 à la Réunion. Je me suis fais les cuisses comme jamais. Les genoux un peu douloureux mais à 12 jours du départ, je ne vais faire que des footings légers et surtout, me reposer. J’ai une terrible envie d’en bouffer… avant de me faire croquer par le grand méchant loup…. peut-être… ou pas.